Le Monde

Elena Ferrante, le bon filon de Gallimard

Par Nicole Vulser

Le succès littéraire de la mystérieuse auteure italienne Elena Ferrante ne se dément pas. Celle qui fuit et celle qui reste, le troisième tome des aventures d’Elena et Lila, deux amies d’enfance ayant grandi, aimantées, dans les vilains faubourgs de Naples dans les années 1950 avant de connaître des destins opposés, devrait combler les vœux de Gallimard. La maison, la seule à éditer en France depuis 1995 cette auteure italienne anonyme, a en effet tiré cet ouvrage à 100 000 exemplaires dans la collection « Du monde entier » et l’a mis en place à 80 000 exemplaires dans les librairies mardi 3 janvier.

« Des chiffres bien plus importants que les deux premiers tomes », assure Jean-Charles Grunstein, qui dirige les ventes chez Gallimard. L’Amie prodigieuse, le premier opus, sorti en octobre 2014, s’est vendu à 407 000 exemplaires (dont 370 000 en format poche) selon le baromètre GfK. « Ce sont les poches qui ont lancé l’engouement pour cette saga et ont permis de démultiplier les ventes », explique M. Grunstein.

Le deuxième tome, Le Nouveau Nom, dans lequel Elena, diplômée de l’Ecole normale de Pise, réussit à sortir d’un impitoyable déterminisme social, a été publié en France en janvier 2016 et s’est depuis vendu à 95 000 exemplaires, toujours selon GfK. La version poche sort cette semaine.

« Elle était inconnue en France encore l’an dernier », souligne Vincent Raynaud, éditeur du domaine italien chez Gallimard. Le succès d’Elena Ferrante a permis à la maison d’édition de réaliser plus de 6 millions d’euros de chiffre d’affaires en à peine plus de deux ans. « C’est une très bonne surprise », dit-il. D’autant que ses premiers ouvrages, L’Amour harcelant, Poupée volée ou Les Jours de mon abandon, bénéficient a posteriori de la notoriété de la saga.

Le quatrième tome, L’Enfant perdue, est déjà sorti en Italie mais ne devrait pas être commercialisé en France avant octobre.

Adaptation télé

Mêlant mafia, pauvreté et machisme, cette série est progressivement devenue un phénomène mondial traduit dans quarante-deux pays. Le mystère qui entoure cette écrivaine y est sans doute pour quelque chose. Seule auteure à figurer dans la liste des cent personnalités les plus influentes du magazine américain Time en 2016 aux côtés de l’Américain Ta-Nehisi Coates, Elena Ferrante n’a jamais révélé sa véritable identité.

Les suppositions sont multiples : s’agit-il d’un homme ? D’une femme ? D’un duo ? Si Claudio Gatti, journaliste pour le quotidien italien Il Sole 24 Ore, a affirmé en octobre avoir découvert, grâce à une enquête fiscale et à une analyse de ses biens immobiliers, que l’auteure était Anita Raja, une traductrice romaine, fille d’un magistrat napolitain et d’une professeure d’allemand, ni la principale concernée ni Sandro Ferri, son éditeur italien chez Edizioni E/O, n’ont confirmé. Et bon nombre d’écrivains se sont dits choqués par les méthodes de M. Gatti et par cette atteinte à la vie privée.

Une adaptation sur petit écran des aventures d’Elena et Lila est déjà en chantier, coproduite par Fremantle Media, Wild Side et Fandango Productions. Si Francesco Piccolo supervise l’écriture des trente-deux épisodes, le nom des deux principales actrices italiennes n’a pas encore filtré.

Gallimard a de quoi se frotter les mains. Après une fin d’année 2016 triomphante grâce au succès de Chanson douce de Leïla Slimani – le prix Goncourt s’est déjà écoulé à 363 000 exemplaires – et aux flots d’or dégagés par le huitième opus de Harry Potter, 2017 commence bien. Egalement sorti le 3 janvier, le premier tome d’une autre saga de Daniel Pennac, Le Cas Malaussène, a été tiré à 150 000 exemplaires.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2017/01/05/elena-ferrante-le-bon-filon-de-gallimard_5057878_3260.html#z8x9Ufqi5llGKKDX.99

Le Figaro

Celle qui fuit et celle qui reste: le retour prodigieux d’Elena Ferrante

La presse française se joint unanimement au concert de louanges ayant entouré la sortie de ce troisième volet en Italie.

Par Elena Scappaticci

REVUE DE PRESSE – Alors que se prépare l’adaptation sur petit écran de la saga napolitaine à succès, le troisième tome des aventures d’Elena et Lila sort ce mardi 3 janvier en librairie. La presse française salue unanimement le nouveau «grand roman politique et social» de l’écrivain italienne, qui souhaite conserver l’anonymat.

Celle qui fuit: Elena. Celle qui reste: Lila. Dans leur enfance, les deux amies issues des faubourgs populaires de Naples ont passé un pacte. À Lila Cerrulo, le brio et la beauté. À Elena Greco, le conformisme et la banalité physique. Pourtant, lorsque commence le troisième tome de la splendide saga romanesque d’Elena Ferrante, qui paraît ce mardi 3 janvier en France, c’est Elena, la moins douée, l’effacée, qui clôt de brillantes études à Pise, loin de Naples et de ses origines. Elle vient également de publier son premier roman autobiographique, et fréquente l’élite intellectuelle des années 70. Lila, elle, est restée. La jeune femme est désormais ouvrière dans une usine de salaison, harcelée par son patron. En l’espace de deux décennies, les règles du jeu social ont bouleversé le pacte initié dans l’enfance.

Arnaud Viviant, de Transfuge, ne s’y est pas trompé, qui salue le brio avec lequel le roman restitue l’engrenage impitoyable du déterminisme social. Le critique qualifie ce troisième volet de «grande œuvre sur la lutte des classes». Une lutte des classes toujours plus vivace, alors que l’Italie entre avec violence dans les années de plomb. «Chez Elena Ferrante, on vit à poings nus», lit-on ainsi dans le JDD.

Les faubourgs populaires de Naples s’éveillent au fascisme, et les amitiés d’enfance vacillent sous le poids de nouvelles crispations identitaires. L’occasion pour l’écrivain d’entrelacer «grande tradition romanesque du roman familial» et radioscopie «d’une Italie métaphysique», pour Michel Crépu, de la NRF, qui juge le résultat «époustouflant». Même constat pour Nelly Kapriélian, des Inrockuptibles, qui note l’extraordinaire subtilité avec laquelle l’auteur «mêle histoire politique du pays et histoire intime».

La journaliste salue également la puissance féministe du texte de la romancière italienne. Par son traitement littéraire révolutionnaire de la maternité, Elena Ferrante excelle à brocarder les contraintes qui pèsent sur les deux héroïnes, enfermées dans un autre déterminisme, physiologique cette fois, qui les fige dans leur rôle de mère. Dans une Italie qui chancelle, hésitant à opérer le grand basculement progressiste qu’Elena Ferrante appelle de ses voeux, la société semble encore très loin d’être acquise à l’égalité des sexes.

Les deux héroïnes «découvrent que la liberté n’est jamais acquise pour une femme», note le JDD, qui salue également «l’immense audace de l’auteur dans son analyse de la sexualité féminine et des liens parentaux.» Tous ces éléments convergent pour faire de ce nouveau volet «un grand roman politique et social», «d’une beauté et d’une finesse absolument incroyables», pour Olivia de Lamberterie, du ELLE.

La presse française se joint donc unanimement au concert de louanges ayant entouré la sortie de ce troisième volet en Italie. Une bonne nouvelle pour la mystérieuse romancière qui, en septembre dernier, subissait l’acharnement ridicule d’un journaliste, Claudio Gatti, convaincu d’avoir découvert sa véritable identité.

Nouveau nom derrière le pseudonyme

Le 30 septembre 2016, le journaliste italien, relayé par The New York Review of Books, le Frankfurter, Allgemeine Zeitung et Mediapart, affirmait avoir levé le voile sur l’identité de l’auteur à succès. Après 25 années de pseudonyme, celle qui disait avoir choisi ce «nouveau nom» pour «se libérer de l’angoisse qu’engendre la notoriété» aurait donc été démasquée. Il s’agirait d’Anita Raja, traductrice romaine de 63 ans, employée par la maison d’édition E/O.

Depuis, l’information n’a été confirmée ni par l’auteur, ni par son éditrice italienne. De nombreux écrivains se sont en revanche scandalisé des méthodes employées par le journaliste. Pour remonter jusqu’à la traductrice, Claudio Gatti n’a pas hésité à fouiller les dossiers financiers d’Anita Raja, quitte à ébranler le principe du respect de la vie privée. Avec pour conséquence de briser le mystère d’une auteure qui, pendant plus de vingt ans, aura fait fantasmé toute l’Italie… Bravo l’artiste!

Pour tous ceux que le mystère Ferrante continue de fasciner, on apprenait en février 2016 que la saga serait bientôt adaptée sur le petit écran, dans une coproduction entre FremantleMedia’s Wildside et Fandango Productions. Chacun des quatre livres de la saga sera décliné en huit épisodes, dont les droits de diffusion ont été acquis, en France, par le groupe Canal +. Les deux femmes seront incarnées par des actrices italiennes, détaille la production, qui précise également qu’Elena Ferrante a participé à l’écriture de l’adaptation.

TV5MONDE

“Le nouveau nom” d’Elena Ferrante, meilleur livre de l’annéeLe roman "Le nouveau nom" de la mystérieuse auteure italienne Elena Ferrante est "le meilleur livre de l'année" 2016, selon le classement établi par le magazine Lire

Le roman “Le nouveau nom” de la mystérieuse auteure italienne Elena Ferrante est “le meilleur livre de l’année” 2016, selon le classement établi par le magazine Lire et révélé jeudi soir.

“Aucune oeuvre ne nous aura plus séduit cette année que cette saga au long cours, née sous la plume d’une auteure anonyme”, a souligné la rédaction de Lire en annonçant son palmarès des 20 meilleurs livres de l’année.

Suite de “L’amie prodigieuse”, la grande série napolitaine imaginée par la romancière italienne, “Le nouveau nom” (Gallimard) poursuit l’histoire de Lila et Elena, adolescentes inséparables des faubourgs populaires de Naples qui feront le dur apprentissage de la vie, selon des routes qui vont bientôt diverger au fil de leurs passions contrariées.

Ce roman renoue “avec le souffle romanesque des romans du 19e siècle, sans esquiver les problématiques les plus modernes” comme l’émancipation féminine, a estimé Lire. “Elena Ferrante, l’écrivain, peut bien s’effacer, sa suite napolitaine restera comme un classique moderne, qu’on relira encore dans plusieurs années”.

Aux côtés d’Elena Ferrante, le palmarès 2016 de Lire réunit la fine fleur de l’année littéraire: Serge Joncour (meilleur livre français pour “Repose-toi sur moi”, Flammarion), le Britannique John le Carré (dans la catégorie Mémoires pour “Le tunnel aux pigeons”, Seuil), Négar Djavadi (meilleur 1er roman français pour “Désorientale”, Liana Levi), Jean-Baptiste del Amo (Révélation française pour “Règne animal”, Gallimard), Marie Darrieussecq (catégorie Art pour “Etre ici est une splendeur”, P.O.L.), Ivan Jablonka (catégorie Enquête pour “Laëtitia ou la fin des hommes”, Seuil), l’Américain Don Winslow (catégorie Polar pour “Cartel” Seuil)…

L’écrivain australien Richard Flanagan est, selon Lire, l’auteur du meilleur roman étranger pour “La route étroite vers le Nord lointain” (Actes Sud) et la Canadienne Emily St. John Mandel est la meilleure révélation étrangère pour “Station Eleven” (Rivages).

Nrc Handelsblad

De ontvoerde pop

Elena Ferrante

In het vierde deel van haar Napolitaanse romans lost Elena Ferrante het genadeschot. Het verdriet van haar verteller wordt alleen maar erger.

Door onze redacteur Joyce Roodnat

Afgelopen weken ontbrandde heftiger dan ooit het gezelschapsspel ‘kraak het raadsel-Elena Ferrante’. Elena Ferrante, door zowel de literaire kritiek als door miljoenen verliefde lezers aanbeden, schrijft onder pseudoniem, maar wie is het echt? Allerlei theorieën deden de ronde. In een speelse bui hield ik het zelf op Sophia Loren – op basis van aanwijzingen in Ferrante’s werk, plus de gedachte dat alleen een ongekend beroemd iemand dergelijke aanhoudende geheimhouding kan afdwingen.

Maar nee. Sophia was het niet, en die vrouwelijke hoogleraar uit Pisa was het ook niet. Ook was Elena Ferrante geen man, en evenmin was ze een schrijverscollectief. Een Italiaanse verslaggever onthulde dat achter het pseudoniem de Duits-Italiaanse vertaalster Anita Raja zat. Hij ontdekte dat Raja’s uitgever, dezelfde als die van Ferrante, haar extreem hoge honoraria uitkeerde. Zo veel verdient een vertaalster nooit. Een bestsellerschrijfster wel. Dat bewijs is indirect. Dus: Raja kán Ferrante zijn. Het hoeft niet.

Doet het ertoe wie ze precies is? Alleen voor wie zich erom bekreunt of Ferrante haar autobiografie schreef in haar laatste vier boeken: de Napolitaanse romans. Misschien heeft ze ze verzonnen. Verhalen verzinnen, dat is wat schrijvers doen.

Ongeacht haar identiteit is en blijft Elena Ferrante de auteur van tien geweldige boeken. Eigenlijk zijn het er zes: het Napolitaanse vierluik is feitelijk één groot boek over de Werdegang van een meisje dat ontsnapt aan de Napolitaanse achterbuurt waar ze opgroeide. Het werk krijgt de proporties van een klassieke tragedie als ze, tegen alle gezond verstand in, terugkeert naar die brute wijk van herkomst. Je vraag je af waarom ze dat doet. Er zijn allerlei antwoorden en allemaal komen ze er op neer dat ze haar noodlot tart.

Top tien

Die terugkeer neemt zijn beslag in deel vier van de reeks, Het verhaal van het verloren kind . In 2014 kwam het uit. Vorig jaar zette The New York Times het in de top tien van de beste boeken. Dit voorjaar werd het genomineerd voor de Man Booker International Prize.

Nu is het ook toegankelijk voor de Nederlandse lezers, vertaald door Marieke van der Laake die met bewonderenswaardige bravoure recht doet aan de ruwe, soms opzettelijk banale stijl die het slotakkoord van Ferrante’s vierluik kenmerkt. Die vertaling leest niet altijd lekker, het verrukkelijke neorealistische melodrama van deel 1 ( De geniale vriendin , 2011), dat zich in diezelfde achterbuurt afspeelt, is ver te zoeken. Alles wat er in deze vierde roman gebeurt wordt ademstokkend onsentimenteel, soms bijna zakelijk verteld. Zelfs voor de fantastisch vulgaire scène waarin ze haar geliefde betrapt op overspel met de huishoudster probeert ze zich te beperken tot verslaggeving. Zo houdt Ferrante de gigantische gevoelens in bedwang die over dit boek heersen. Maar ze koken en het deksel rammelt.

Op de achtergrond van Het verhaal van het verloren kind figureert het Italië van de jaren zeventig en vroege jaren tachtig. Een land dat implodeert, met zijn geperverteerde politiek, de aanslagen van de Rode Brigades, de moord op politicus Aldo Moro en een spartelend feminisme dat zich geen raad weet met de hypocrisie van de linkse denkers. De kern van het boek is Napels. Groots en groezelig. Onveilig, nog altijd gedragen door ‘de razernij’ van jongens die ‘hun bloeddorst uitschreeuwden’ – zoals Ferrante het omschreef in het tweede deel van haar vierluik ( De nieuwe achternaam , 2012), maar die jongens zijn nu van middelbare leeftijd en een stuk grimmiger.

Opinieleider

Het is ook de geboortegrond van Elena en Raffaella, voor Ferrante’s lezers beter bekend als Lenù en Lila. Schoolvriendinnen sinds hun harde jeugd in de vroege jaren vijftig. Beiden veel te slim voor hun milieu. Lila blijft er en lijdt er en wordt uiteindelijk een zakenvrouw. Lenù vertrekt, maakt carrière als literaire ster en opinieleider. Haar schrijverschap is in dit boek waar Lila het hebben wilde: in een verbond met haar. In de strijd tegen de locale Camorra rekent ze op de macht van de roem en het geschreven woord van Lenù. Dat is de agenda van Lila. Die van Lenù is troebeler. Ze kon de buurt niet missen, maar ze exploiteert haar terugkeer ook. Ze zet haar autobiografische gegevens in als exotisch literair materiaal, en dat komt haar verkoopcijfers ten goede.

De vriendinnen zijn zowel elkaars evenbeeld als elkaars tegendeel. Lenù werd steeds wereldser, Lila richtte zich steeds meer naar binnen. Lenù is de buurt ontgroeid, Lila is ermee vergroeid. In Het verhaal van het verloren kind buigen ze weer naar elkaar toe. Twee lijnen die uit hetzelfde vertrekpunt van elkaar weg bollen en dan naar elkaar terug vloeien, dat is een hart.

Lenù bereikte de top, Lina paste op Napels. Na hun verwijdering in deel 2, die leidde tot wederzijdse afkeer in deel 3 ( Wie vlucht en wie blijft , 2013), zijn ze weer samen op de manier van deel 1. Ze vernederen elkaar, benijden elkaar, bewonderen elkaar. Ze jagen als krolse katten op dezelfde, verkeerde, man. Ze zijn vaak hartsvijandinnen, maken het slechtste in elkaar wakker. En zitten aan elkaar geklonken. Ze houden elkaar in de gaten, manipuleren elkaar. Ze kunnen de ander niet missen.

Ze bewonen afgetrapte flats in dezelfde woonkazerne. Als de een scheldt, hoort de ander het door het plafond. Over en weer stallen ze de kinderen die ze kregen. Lenù staat haar dochters min of meer af aan Lila en neemt haar puberzoon zo ongeveer over. En dan zijn ze 35 en tegelijk weer zwanger. Ze baren elk een dochtertje.

Ferrante zegt met de titels van haar Napolitaanse romans waar het op staat. Zo gaat De geniale vriendin (2011) over twee hyperintelligente meisjes, die in De nieuwe achternaam hun identiteit moeten zien te redden in hun respectieve huwelijken. Waar Wie vlucht en wie blijft over gaat, spreekt voor zichzelf. En dan de titel van dit vierde en laatste deel: Het verhaal van het verloren kind . De Italiaanse titel is explicieter: ‘ bambina perduta ’. Het verloren meisje. Dit is het verhaal van de verloren dochter. De titel zegt het, de lezer wilde dat het goed kwam, maar het gebeurt: er verdwijnt een dochtertje. Eentje. Voorgoed. Door wie en hoe en waarom? Je kunt je vermoedens hebben, maar een antwoord is er niet.

Maar het realisme van de vierde roman wordt vanaf die verdwijning gekruid met het magisch melodrama dat we kennen uit van deel 1, De geniale vriendin . Ook daar verdwenen kinderen. Poppenkinderen.

Daar zagen we de kleine Lenù en de spichtige Lila hun vriendschap bezegelen met het offeren van hun geliefde poppen. Bij wijze van een durfal-ritueel gooien ze elkaars pop à l’improviste door een rooster in het enge souterrain van de grootste Camorra-boeman uit de buurt. Uiteindelijk dwingen ze zichzelf om af te dalen in het smerige duister en ze terug te halen. Maar de poppen zijn weg.

En in deel 1 is er nóg iemand weg. Lila-van-later. Dit is geen spoiler , haar verdwijning is aangekondigd in de proloog van deel 1. In deel 4 verdwijnt ze daadwerkelijk. Het lijkt erop dat ze dat doet omdat Lenù haar verraden heeft met een roman over hun vriendschap. Volg je die lijn dan lezen de vier Napolitaanse romans als een bericht van de schrijfster aan Lila. Een smeekbede om begrepen te worden. Een verontschuldiging. En een schreeuw: kom terug!

Ferrante is een te goede auteur om het daarbij te laten. Achter iedere mogelijkheid duikt een andere mogelijkheid op.

Aan het einde van deel vier zijn de bijna zestig jaar geleden verdwenen poppen er plotseling weer. In oude kranten gerold liggen ze bovenop de brievenbus. Door wie en hoe en waarom? Het wordt weer niet duidelijk.

Het verdriet

Het ontvoerde poppenkind is een motief dat Ferrante eerder inzette, in haar kleine roman De verborgen dochter (2006). In die vertelling neemt een vrouw van het strand een pop mee. In haar vakantie-appartement ‘verzorgt’ ze de gegijzelde, met een poppenbedje, met kleertjes. Elke dag ziet ze vanuit haar strandstoel het verdriet van de kleine poppenmoeder, maar ze geeft de pop niet terug. Waarom niet? ‘De dingen waar we zelf niets van begrijpen zijn het moeilijkst te vertellen.’ Maar dat haar gemankeerde moederschap ermee te maken heeft, is duidelijk en ook wat dat van een mens maakt.

Tweemaal zette Ferrante het vreemde, onverdraaglijke beeld in: de ontvoerde pop waarin het peilloze verdriet om een verdwenen kind echoot. In de kleine roman liet ze het broeien. De tweede keer spande ze er de haan mee van het wapen dat haar boeken afschiet. Pas na vier delen loste ze het schot. De poppen zijn terug, en het maakt het verdriet alleen maar erger.

De kogel slaat in, hij definieert de slotpassage van Ferrante’s boek. Lenù voelt zich misbruikt. Misschien speelde Lila, háár Lila, hun hele leven dubbelspel. Misschien ook niet. Haar enige zekerheid is dat de ontknoping van dat raadsel niemand goed zal doen.

De poppen zijn terug. Lila houdt zich kwijt. Lenù legt zich erbij neer dat het leven haar ‘naar de duisternis’ leidt.

‘Ik ben dood, maar ik maak het goed’ – het is de slotzin van dat andere boek, van De verborgen dochter . Het is een zin die zowel van Lila kan zijn als een gedachte van Lenù. Ze zijn uit elkaar gespeeld, en toch zijn ze elkaars schaduw. Dit had de slotzin van Het verdwenen kind kunnen zijn. En daarmee van het complete vierluik.

Ferrante’s vier romans lezen als smeekbede om begrepen te worden

Politiken

Italiens mest kendte ukendte forfatter gør læseren varm om hjertet

’Dukken der blev væk’ foregriber Elena Ferrantes senere Napoli-romaner med sin fortælling om en kvinde, der konfronteres med sin fortid.

Elena Ferrante er Italiens bedst kendte, ukendte forfatter«, står der på flappen til ’Dukken der blev væk’.

Berlingske

Med en troldsk børnebog og en intens lille voksenroman cementerer forfatterpseudonymet Elena Ferrante sin position som én af verdens bedste nulevende forfattere.

Selv om vi ikke ved, hvem der gemmer sig bag pseudonymet Elena Ferrante, kender vi efterhånden en hel del til forfatteren bag kvartetten om den geniale veninde. Elena Ferrante skriver nemlig på hovedstolen, og vidste man ikke dette før, står det ganske klart med udgivelsen på dansk af to meget forskellige, smukt oversatte bøger.

Den ene er en fortryllende, troldsk børnebog, den anden en intens, psykologisk voksenroman, og begge handler om en dukke, der forsvinder. På hver sin måde og med hver sin udgang, men alligevel med kraftige tråde til Napoli-kvartetten om de to umage veninder, der som små piger mister deres dukker i en kælderskakt, hvorefter dukkerne et langt, begivenhedsrigt liv senere dukker op foran den ene aldrende kvindes dør.

Dukken er et symbol.

Ud over at repræsentere en tydeligvis traumatisk oplevelse i forfatterens liv, bliver den også et sindbillede på uskyld og en form for uberørt og begrænsende kvindelighed. Dukken er et barn, som den lille pige er mor for, og dukken er dermed også en fastfrysning af det feminine, det forudsigelige, det forsnævrende. Fint og farligt på samme tid.

Børnebogen, »Stranden om natten«, der udkom i Italien i 2007, er for de 4-7 årige, men den kan med god effekt sagtens læses af ældre børn. Den relativt enkle historie af næsten h.c. andersensk format har en dybde og en dobbelttydighed, der vil kunne pirre både små og store.

Fortælleren i »Stranden om natten« er den talende dukke Celina, der bliver glemt på stranden, fordi hendes »mor«, den fem-årige Mati, har fået en kat og derfor ændrer fokus og svigter sin hidtil eneste ene.

Solnedgangens Bademester Grusom finder Celina, da han rydder op, og med sin rive flår han hende hen i bunken af efterladt affald, som skal brændes. Han hører hende imidlertid råbe om hjælp og får den idé at sælge hende eller rettere hendes ord på dukkemarkedet. Ord er værdifulde. Inden det dog når så vidt, bliver hun skyllet væk af en bølge, katten redder hende og alt ender godt.

Mor og datter

Vil man som voksen have det fulde udbytte af børnebogens mange lag, bør man forinden læse Ferrantes lille fine roman »Dukken der blev væk«, der udkom på italiensk i 2006.

Her er det jeg-fortælleren Leda, en 48-årig universitetslektor og mor til to voksne døtre, der stjæler en dukke fra en lille pige på stranden. Formålet med handlingen flagrer mellem et forsøg på at forstyrre den mor-datter-ro, som Leda både beundrer og misunder pigen og hendes unge smukke mor, og et forsøg på at gribe fat i fortidens dæmoner for at gøre op med hidtidige kontroversielle handlinger.

Leda får med sin irrationelle beslutning om at stjæle barnets barn revet op i sin egen selvforståelse, både i relation til sin afdøde mor og i relation til de to døtre, der nu bor med eksmanden i Canada, og som hun som ung karrierebevidst, nyforelsket forsker forlod i tre år.

Hun begår en tilsyneladende håndgribelig ondsindet handling, der martrer både barnet, moren og hende selv, og handlingen er forargelig og foruroligende, men den er også forløsende for hende. Og formentlig (forhåbentlig), for de fleste (kvindelige) læsere.

»En mor er kun en datter som leger,« skriver Elena Ferrante et sted. Og et andet sted: »Vi bliver aldrig voksne«.

Så værsgo’! Her er der to fremragende, foruroligende fortællinger til frygtløse, infantile fruentimmere m.fl.

Le Nouvel Observateur

Elle est lue dans le monde entier, mais personne ne sait qui elle est. Visite guidée du Naples d’Elena Ferrante.

Un phénomène littéraire mondial

Elena Ferrante se cache sous un pseudonyme depuis la parution de son premier roman en 1992. Un mystère qui n’a pas empêché les quatre tomes de ses romans napolitains de se vendre à plus d’un million d’exemplaires dans 27 pays. Pour la France seule, où l’obsession Ferrante se propage principalement grâce au bouche à oreille entre lecteurs enthousiastes, 250 000 exemplaires pour le premier livre – des chiffres impressionnants pour une auteure étrangère et anonyme. Traduits et publiés par Gallimard, les troisième et quatrième tomes sortiront respectivement en janvier 2017 et 2018 au plus tard. N’ayant pas la patience de les attendre, beaucoup de lecteurs français les ont déjà lus en anglais ou en italien.

L’amitié d’Elena et Lila

Si les romans ont eu tant de succès, c’est notamment parce qu’ils traitent d’un sujet délaissé par la littérature : l’amitié entre deux femmes. Elena Greco, la narratrice, nous raconte sa relation avec Lila Cerullo. Cinquante années pendant lesquelles les deux amies s’appuient l’une sur l’autre, se stimulent, s’adorent et se détestent. Tout ce qui les traverse est décrit avec la précision d’un cours d’anatomie – comme si tous leurs dialogues, enregistrés à l’époque, nous étaient restitués intacts.

A la recherche d’Elena Ferrante

On ne sait quasiment rien de l’auteur de la tétralogie napolitaine. L’écrivain répond à ses interviews exclusivement par e-mail, et continue de défendre son droit à rester incognito, voire à mentir. Ce mystère alimente de nombreuses rumeurs – très régulièrement, des gens pensent l’avoir identifié(e) – et génère une intense curiosité. Après avoir lu compulsivement les quatre tomes, le lecteur est tout seul, infiniment triste d’en rester là. Pour prolonger cette lecture, L’Obs est allé à Naples au printemps dernier, pour retrouver un à un les lieux de ces romans qui ont emporté tant d’entre nous.

Le quartier où Elena et Lila grandissent / Rione Luzzatti, Naples

Les deux amies sont nées dans un quartier qui est, avec quasi certitude, celui que vous voyez ci-dessus : le Rione Luzzatti. Elena Ferrante protège le lieu en ne le nommant jamais, mais elle a laissé dans ses livres des dizaines d’indices qui ont permis aux lecteurs napolitains de se mettre d’accord : les rails, un tunnel à trois bouches, l’église, la forme des immeubles… Tout concorde, c’est ici.

Blocs de béton

L’endroit ne ressemble pas à ce qu’on avait imaginé en lisant les romans depuis la France : il n’y a pas de ruelles et de vieilles pierres comme dans le centre-ville de Naples. Au lieu de ça, on trouve une série d’immeubles en béton anguleux construits après la Seconde Guerre mondiale. Une sorte de cité. Proche mais coupé du centre-ville, c’est un îlot dessiné par des rails de chemin de fer, des terrains vagues et une sorte de périph’. Le Vésuve n’est pas si loin, mais depuis les rues enclavées du Rione Luzzatti, il est absent.

La violence vue par une enfant

Le quartier, pauvre, est connu pour être un lieu fréquenté par la Camorra. Dans les livres, cette violence est racontée. D’abord par Elena petite fille, qui la raconte sans la comprendre, d’autant plus que ce sont ses proches qui l’exercent. En grandissant, c’est de plus en plus clair pour elle : des assassinats et des affaires de drogue sont décrits sans complaisance.

La cour d’immeuble qui délimite le monde / Rione Luzzatti, Naples

Plusieurs passages des livres nous laissent penser que c’est ici, ou dans un ensemble voisin qu’Elena Ferrante installe ses deux personnages principaux. Dans la cour de leur enfance, au-delà de laquelle elles s’aventurent rarement et qui décuple les bruits, Lila et Elena entendent la folie d’une voisine ou le mafioso du troisième… Quand une famille déménage au milieu des hurlements, tout le monde est à sa fenêtre, un œil sur le drame, l’autre sur les voisins qui le regardent.

La petite bibliothèque / Rione Luzzatti, Naples

Elena Greco se décrit comme une petite fille scolaire et poussive. Moins douée que Lila Cerullo qui aurait une intelligence hors normes. C’est à la consommation de livres à la bibliothèque de leur quartier qu’elles se mesurent. Au Rione Luzzatti, on découvre un petit bâtiment gris aux fenêtres encombrées de barreaux. Coincé entre la rue et la voie ferrée, il pourrait passer pour un local de repos pour cheminots s’il n’y avait pas cette petite pancarte qui dit « Bibliothèque communale Andreoli ».

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